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SOUVENIR DE JEUNESSE 

à G. Hasselman

La Lys en Flandre est une rivière bien douce et bien charmante ... 

Douce, et paisible et heureuse, elle coule très lentement, elle coule à peine, au long de ses noeuds lâches et de ses boucles allongées, entre des rives fleuries et vertes, qui, légèrement ondulent. 
Une poésie intime l'enveloppe et l'environne. On a toujours envie de parler doucement et de sourire sur les bords enchanteurs de la Lys. On y voudrait, comme l'alouette, planer très haut dans le ciel pâle et calme et y chanter la mélodie sereine des joies simples et claires: de la fertilité des belles campagnes, de la noblesse de l'utile travail, du charme berceur des repos mérités. 
Les champs luxuriants et embaumés descendent de loin en pentes allongées vers la Lys. On les dirait comme attirés d'un glissement irrésistible; on dirait qu'ils veulent voir et jouir, et baigner dans la douceur exquise de l'atmosphère qui se dégage de la Lys. 
Il y a des fermes sur les bords, et des villages, et des moulins et des clochers. De blanches maisonnettes s'y mirent, avec des volets verts et des toits roses. Des arbres s'y penchent, grands écrans de saine verdure sur le ciel bleu; et des barques y glissent, grises, silencieuses et lentes, avec un pêcheur qui descend son filet ou qui laisse pendre sa gaule. Et partout dans les beaux pâturages se meuvent les riches troupeaux: ici les vaches brunes et blanches, pareilles à de très grandes fleurs brillant au soleil sur la nappe verdoyante; là les fortes juments et les poulains folâtres, qui soudain, parfois, partent, crinière au vent dans un galop désordonné et bref, faisant trembler le sol et s’envoler les mottes de terre. 
Puis, peu à peu, à mesure qu'on descend vers le sud, l'aspect de la rivière et du pays changent. Une vie plus intensive se manifeste, l’aire est plus habituée, les grandes métairies se multiplent, des cheminées d’usine s’élèvent, l’onde elle-même semble vibrer d’une agitation ecrète et bientôt apparaît, à droite, à gauche, sur les deux berges plates, un large et long fourmillement de petits cones grisâtres, qui semble s’étendre et se multilplier à l’infini avec les sinuosités capricieuses de la rivière.

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Cyriel Buysse: Verhalen en opstellen in het Frans: Souvenir de jeunesse, in: Verzameld werk, dl. 7 (1982), p. 844-845, eerst verschenen in La Revue de Hollande (Parijs, augustus 1916), later in het Nederlands o.d.t. Jeugdherinnering opgenomen in de bundel Uit de bron (1922)